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Comment fonctionne ce volet de la protection sociale dans les autres pays ? La question est posée à Jacques-Olivier Meyer, Directeur Général d'INTELFI, Société de Conseil en Ressources Humaines internationales, spécialisée dans la négociation des contrats et les études de rémunérations internationales.
Cadrexport : Comment est calculée la retraite quand dans un parcours, il y a eu des missions à l'étranger ?
Jacques-Olivier Meyer : Comme en France, elle est calculée sur l'hypothèse que le candidat liquidera sa retraite dans son pays d'origine... A partir de cette hypothèse, il y a globalement 2 cas de figure : le futur expatrié se rend dans un pays d'Europe ou bien dans un pays hors d'Europe. Dans l'espace économique européen (mis à part en Grande Bretagne), les cotisations payées dans un autre pays, alimentent la retraite de base française. Les règlements européens prévoient qu'au moment de la liquidation de la retraite, les deux pensions sont calculées : d'un côté, ce qui aurait été gagné en France et d'un autre, ce qui a été cotisé dans un autre pays. C'est le calcul le plus favorable qui s'applique. Il y a donc un système d'égalisation de la retraite. Pour ce qui concerne le reste du monde, c'est assez simple. Soit il y a une convention de sécurité sociale qui lie les deux pays. Si c'est le cas, les cotisations versées à l'étranger, alimentent, à terme, la caisse de retraite française. La « Social Security » américaine sera ainsi, versée en France. Soit il n'existe pas de convention de sécurité sociale et il y a alors deux possibilités. Soit ce départ fait suite à une longue période professionnelle en France et il serait dommageable de ne pas cotiser. Il faut alors dans une démarche personnelle, prévoir une affiliation à la Caisse de Retraite des Français de l'Etranger (CFE). Soit je suis jeune (ou moins jeune mais j'ai déjà passé une longue période d'emploi à l'étranger sans me soucier particulièrement de la question de la retraite) et dans ce cas, est-il intéressant de cotiser en France ? Probablement pas ! Si l'on dispose d'une certaine somme à consacrer à cette question, il sera possible de les consacrer à une épargne dans ce sens. La question de savoir si l'on doit cotiser de façon optionnelle à une caisse de retraite française reste donc une question d'anticipation pour les plus jeunes et une vraie question pour ceux qui ont cotisé peu ou de façon irrégulière en France. Ces derniers ont probablement intérêt à constituer leur épargne par eux-mêmes. Beaucoup de gens y réfléchissent aujourd'hui. Y compris ceux qui sont entre 40 et 50 ans et qui ont fait toute leur carrière en France. Environ un client sur deux, partant dans un pays où il n'existe pas de convention avec la France, choisit l'épargne.
Cadrexport : La Grande Bretagne se trouve dans quel cas de figure ?
Jacques-Olivier Meyer : Les régimes de retraite en Grande Bretagne sont des régimes privés, par capitalisation. La capitalisation n'est pas un obstacle à la totalisation des cotisations réunies à l'étranger. En revanche, ce système qui permet de se constituer un fond personnel de retraite (souvent d'ailleurs dans le cadre de l'entreprise), le permet à certaines conditions. Les conditions de gestion sont celles des produits financiers : il y a des conditions de durée de séjour, des conditions de gestion de l'épargne (on est obligé de s'en remettre à la qualité du gestionnaire). Il n'y a aucune sécurité. Mais il est possible de décider, en Grande Bretagne comme ailleurs, de cotiser au minimum à sa retraite sur place pour constituer un fond de retraite optionnel en France, par exemple. Il faut donc s'en soucier dès l'entrée dans le pays. Ces questions, contrairement à ce qui se passe en France, sont d'ordre privé, en Grande Bretagne. Il faut y réfléchir, anticiper et faire des choix. Nos concitoyens français ont tendance à penser que le système de la retraite est obligatoire alors qu'il est optionnel dans beaucoup de pays.
Cadrexport : Voici donc pour ce qui concerne la retraite de base. Qu'en est-il de la retraite complémentaire ?
Jacques-Olivier Meyer : Le découpage retraite de base d'un côté, et retraite complémentaire catégorielle, de l'autre, est français. La retraite des « assimilés cadres», par exemple, n'existe nulle part ailleurs. Donc la question des expatriés est : « Comment en partant, égaliser ma retraite avec celle que j'aurais perçue en travaillant en France ? ». Il faut suivre le même dispositif que pour la retraite de base. Vérifier que dans le pays d'accueil, les cotisations comportent une part assimilable à la retraite complémentaire. Les « pension funds » américains par exemple, ne sont pas « reportables » en France. Vous ne les toucheriez donc pas au moment de la liquidation de la retraite. Que faire alors ? Pour ceux qui ont cotisé normalement en France, il est possible de cotiser à l'Agirc et à l'Arrco. C'est très simple et … plutôt coûteux. Pour un salaire de cadre supérieur, il faut compter environ 10 000 euros par an. Donc c'est à réfléchir. Le raisonnement est pratiquement le même que pour la retraite de base : savoir combien ça coûte, évaluer la proportion des cotisations déjà versées par rapport à la carrière professionnelle déjà parcourue, savoir qui va payer et enfin savoir à quelle distance le candidat se trouve de sa retraite. Les structures de consommation ne sont pas les même à 30 ou à 50 ans ...
Interview réalisée par Diane Pinelli, le 22 février 2011
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