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Après la diffusion d'une étude réalisée par Pôle Emploi, le Crest (Centre de Recherche en Economie et Statistique), le Laboratoire d’action contre la pauvreté (J‐PAL Europe) et de l'Ecole d’Economie de Paris (PSE), Yazid Sabeg, Commissaire à la diversité et à l’égalité des chances, s’est prononcé contre la généralisation du CV anonyme.
Et pour cause ! En un peu plus d'un an, 1000 établissements et des milliers de candidats ont participé à cette opération sans précédent (que ce soit en France ou à l’étranger) dans une évaluation qui posait, entre autres, la question de la discrimination : « L’anonymisation du CV modifie-t-elle les chances de certains publics d’être retenus pour un entretien d’embauche, puis d’être recrutés, en particulier pour les personnes exposées à un risque de discrimination lié à divers facteurs (origine, lieu de résidence, âge, sexe) ? »
Non seulement le CV anonyme ne sert à rien ...
L'analyse permettait à priori de conclure positivement : oui, le CV anonyme contrecarre la tendance des recruteurs à favoriser leurs semblables ! Les recruteurs hommes sélectionnent davantage de femmes, les recruteurs jeunes davantage de seniors...
Un premier objectif du CV anonyme était théoriquement atteint : égaliser les chances de recrutement des candidat(e)s selon leur sexe et celui du recruteur. « Mais non ! » concluent les auteurs de l'étude car « comme on trouve des recruteurs des deux sexes et des recruteurs plus ou moins jeunes, les phénomènes d’homophilie se compensent d’un recruteur à l’autre et l’anonymisation du CV n’améliore pas, en moyenne, les chances des femmes ni des seniors ».
… mais il pénalise certains candidats
Par contre, il semble pénaliser les candidats issus de l’immigration ou résidant en Zone Urbaine Sensible (ZUS) ou dans une ville en Contrat Urbain de Cohésion Social (CUCS). L’écart de taux d’entretien devient alors « encore plus défavorable à ces candidats potentiellement discriminés lorsque leur CV est anonymisé ». Avec des CV nominatifs, ces candidats ont 1 chance sur 10 d’obtenir un entretien, tandis que les autres candidats ont 1 chance sur 8. Lorsque les CV sont anonymisés, l’écart s’accroît : 1 chance sur 22 pour le premier groupe contre 1 chance sur 6 pour le second. Difficile de savoir pourquoi. Reste « l’hypothèse subtile mais plausible d’une interaction entre signaux envoyés par le corps du CV et signaux envoyés par le bloc état‐civil : il se peut que l’anonymisation du CV, en ôtant de l’information sur les candidats,ait empêché les employeurs de réinterpréter à l’avantage des candidats potentiellement discriminés les autres signaux du CV. Par exemple, les « troudans le CV pourraient être expliqués par un accès plus difficile à l’emploi lorsque le CV montre que le candidat réside en ZUS, mais pas lorsque cette information est masquée ». En clair, pour comprendre et accepter le parcours d'un candidat qui a moins accès à l'emploi qu'un autre, encore faut-il en être informé ...
et la Suède partage cette analyse !
Si dans l'industrie, des grands groupes comme Axa, L'Oréal ou Accor ont adopté le CV collectif tout en admettant le procédé peu efficace pour lutter contre les préjugés, qu'en est-il des pays d'Europe ?
La Suède a mené une expérience entre 2004 et 2006 dans la deuxième ville du pays, Göteborg. Au bout du compte, l'utilisation du CV anonyme n'a pas été jugée suffisamment efficace. L'Allemagne et l'Espagne n'ont pas tenté l'expérience. En Suisse, la tâche a été déclarée trop complexe par les entreprises et aux Pays-Bas, la décision de recourir à ce type de CV revient à l'employeur. Seule la Belgique (seul pays à avoir instauré une obligation d'y recourir), l'utilise depuis 2005. Cette obligation reste limitée au service public. La conclusion de la Grande-Bretagne est intéressante. Elle a procédé à un «testing» et conclut que les discriminations sont moins criantes (dans le secteur public) quand les postulants remplissent des CV standardisés. Le CV standardisé est donc envisagé chez nos voisins comme une éventuelle solution.
Quelle était la question déjà ?
Dans une interview donnée dans un grand quotidien, Olivier Noël, sociologue et maître de conférences à l'université de Montpellier III, propose de revoir la question. Il considère le CV anonyme comme un « détournement des questions de fond ». Si la question de la discrimination est bien la question centrale, elle est de nature politique alors que le CV anonyme est une réponse technique, bien incapable de ce fait, de résoudre le problème. La conclusion d'Olivier Noël est intéressante : « On oublie l'essentiel. En sociologie, c’est ce qu'on appelle le rapport aux majoritaires : l’homme blanc occidental, diplômé, fortuné qui a intérêt à ce que le système reste tel qu’il est. Les groupes minoritaires, en revanche, ont intérêt à ce que le système change. Donc si ce débat n’est pas porté politiquement, il risque de ne pas être porté du tout ».
La question des discriminations devrait donc être traitée de façon plus approfondie qu'à travers l'utilisation de CV anonymes. En pleine pré-campagne des élections présidentielles de 2012, nous vous laisserons juger de la façon dont cette question est portée par les candidats.
L'équipe de Rédaction
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